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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 07:00

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J’ai lu ce livre très jeune et j’en gardais un merveilleux souvenir.
C’est donc assez confiante que je me suis replongée dans cette lecture dont je ressors finalement déçue.

 

Le narrateur finit son voyage en Afrique dans une réserve au Kenya dirigée par John Bullit.
Ce dernier y vit avec sa femme Sybil et sa fille de 10 ans, Patricia.
La petite va tout de suite susciter l’intérêt et l’admiration du narrateur par sa relation avec les animaux de la réserve. Elle communique, évolue, et vit avec eux comme si elle était une des leurs.
Mais si le narrateur décide de prolonger son séjour là bas c’est surtout pour rencontrer King, le lion de Patricia avec qui elle entretient une relation fusionnelle.


J’ai mis un peu de temps à rentrer dans le livre mais assez rapidement toutefois je me suis laissée embarquer dans cette réserve. Les descriptions sont telles qu’on s’y croirait. On imagine le Kilimandjaro en fond, les animaux de la savane, la chaleur écrasante, les différentes tribus installées là bas et les décors. C’est magnifique. C’est magique, splendide. C’est grand. On se sent petit et vulnérable face à cette nature où les animaux ont tout les droits.

 

Au fur et à mesure du récit, on découvre la famille de John Bullit, les relations entre lui, sa femme et leur fille, leur amour et leurs non-dits.
On entre dans la vie d’une femme qui aime trop sa famille pour partir mais qui n’arrive plus à vivre dans ce monde, dans celle d’un homme et d’une enfant qui aiment trop leur vie pour en changer, malgré l’amour qu’ils portent à leur femme et mère.
Le passage en tête-à-tête entre Sybil et le narrateur m’a d’ailleurs beaucoup touchée.

 

Il n’y a rien à faire, dit-elle. Non, il n’y a rien à faire quand les gens s’aiment trop pour pouvoir vivre l’un sans l’autre, mais qu’ils ne sont pas faits de manière à pouvoir mener la même vie, et que ce n’est la faute de personne. Eux, ils ne le savent pas encore. Patricia, grâce à Dieu, est trop petite. John, par bonheur, est trop simple. Le moindre répit, comme celui que nous avons, et ils croient de nouveau tout possible. Mais moi, je sais.

 

On croise également le chemin des Massai, peuple orgueilleux de chasseurs qui vit dans la plus grande simplicité. J’ai adoré ce que j’ai lu sur leurs coutumes et leurs cultures, la façon dont ils vivent, dont ils s’habillent, dont ils voyagent et ce qu’ils mangent (du lait et du sang !).

 

J’avais souvent rencontré dans ma vie et sous des cieux divers, des nomades en marche. Mais les plus déshérités et les plus humbles avaient toujours un bagage, si pauvre et primitif qu’il fût, et porté par des animaux de bât, au moins quelques bourricots exténués.

Les Maisaï, eux, allaient sans un paquet, sans un ballot, sans une toile pour les abriter, ni un ustensile pour préparer la nourriture, sans une charge, sans une entrave.

 

J’ai aimé rencontrer ce peuple, et particulièrement les moranes, ces jeunes hommes qui passent de l’adolescence à l’âge adulte en devenant des guerriers accomplis, avec leurs cheveux longs et leur attitude fière.

Enfin, bien sûr, on aperçoit également la relation entre la petite fille en salopette et le roi des animaux qui est tout simplement magnifique.

 

Un rire enfantin, haut et clair, ravi, merveilleux, sonna comme un tintement de clochettes dans le silence de la brousse. Et le rire qui lui répondit était plus merveilleux encore. Car c’était bien un rire. Du moins, je ne trouve pas dans mon esprit, ni dans mes sens, un autre mot, une autre impression pour ce grondement énorme et débonnaire, cette rauque, puissante et animale joie.

 

Je n’ai pas pu m’empêcher d’envier cette relation, cette joie que semble ressentir aussi bien Patricia que King à la présence de l’autre, la façon dont le lion obéit à la petite fille et dont ils jouent ensemble.
Une relation unique, belle et basée sur la compréhension, le partage et l’amour.

 

Un lion dans toute la force terrible de l’espèce et dans sa robe superbe. Le flot de la crinière se répandait sur le mufle allongé contre le sol.
Et entre les pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et à rentrer leurs griffes, je vis Patricia. Son dos était serré contre le poitrail du grand fauve. Son cou se trouvait à portée de la gueule entrouverte. Une de ses mains fourrageait dans la monstrueuse toison.

 

Oui, par beaucoup d’aspects, j’ai retrouvé ce qui m’avait tant plu lors de ma première lecture, mais un point m’a vraiment dérangé et à terni cet engouement.
Si la relation entre Patricia et son lion est magnifique, je dois dire que la petite n’a suscité chez moi que de l’agacement. Orgueilleuse, trop sûre d’elle et manipulatrice je ne suis tout simplement pas arrivée à m’attacher à elle, ni à avoir la moindre compassion à son égard quand j’aurais pu en avoir.

La façon dont elle traite les Noirs m’a profondément déplue même si elle est absolument représentative de la société de l’époque et de ces pays, où les blancs avaient le pouvoir. Il n’empêche que, même immergée dans cette histoire, je ne suis pas arrivée à prendre le recul suffisant pour me plonger dans la culture de ce pays au point d’accepter le racisme et la façon dont cette petite perçoit les Noirs.

 

Patricia se pencha sur la banquette avant où se tenait le vieux trappeur borgne et lui chuchota quelques mots dans sa langue natale. Kihoro montra ses gencives ébréchées dans un rictus féroce et tapota son fusil.
-        Pourquoi l’excitez-vous ? demandai-je à la petite fille.
-        Pour le rendre enragé, dangereux, dit-elle. Et quand il le sera trop, alors je le ferai tenir tranquille. C’est un jeu.
-        Mais lui ne le sait pas, dis-je.
-        Naturellement qu’il ne le sait pas, s’écria Patricia. Sans quoi il n’y aurait pas de jeu.
Kihoro le borgne. King le grand lion. Avec quel partenaire nouveau et à quelles frontières Patricia allait-elle un jour mener le jeu.

 

Mais au-delà de cet aspect, et plus important encore, elle se sent si supérieure à tous et son orgueil est tel qu’elle manipule tout le monde à sa guise, comme un jeu et du moment que ça l’amuse, et ce, de manière parfois cruelle.
Elle se moque du narrateur, lui fait peur consciemment, utilise l’orgueil du Morane pour s’amuser, et va même, finalement, jusqu’à se servir de King.
Du coup, non je ne me suis pas attachée à elle, et je suis encore moins arrivée à la plaindre ou à éprouver la moindre empathie pour elle.

 

En résumé, c’est un très beau livre mais certains aspects m’ont empêché d’en faire le coup de cœur attendu.

 

Le lion - Joseph Kessel
Editions Le Folio - 256 pages.  

 

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Published by Cess - dans Classique
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commentaires

Liliba 15/06/2013 21:49

Détesté quand j'étais jeune, et adoré il y a quelques années... Comme quoi...

Karine:) 26/05/2013 15:44

Moi aussi, le personnage de Patricia m'avait un peu dérangée... mais je garde un excellent souvenir de ce roman!

Cess 03/06/2013 21:32



J'en garderai finalement un souvenir plus mitigé que ce que je pensais... 



bladelor 23/05/2013 11:43

C'est un immense coup de coeur que ce roman pour moi mais je comprends tes reproches. J'ai ressenti aussi cette gêne à la relecture mais j'ai réussi à passer outre et à savourer la sublime écriture
de Kessel. (PS : tu peux le mettre dans ton challenge classiques celui-ci !!)

Bérengère 22/05/2013 10:47

c'est juste histoire de rajouter un commentaire sur un billet "classique" ;-)) il ne faudrait pas que tu penses qu'on ne vient sur ton site que pour les "I fucked" ;-))
Sinon je n'avais déjà pas envie de le lire, tu me confortes dans mon idée donc.

sandy 21/05/2013 20:05

oui je me souviens qu'elle est franchement tête à claques, mais elle est jeune aussi et vu l'éducation... bon ba voilà quoi ! du coup, je trouve que c'est bien vu de la part de l'auteur de nous
offrir un portrait réaliste et pas romancé

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